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Comptine d’un autre été au piano : le morceau et son ostinato

Un élève m’apporte cette pièce à peu près tous les trimestres, et la conversation prend toujours le même tour : il l’a trouvée simple en la lisant, il ne comprend pas pourquoi tout se délite au bout d’une minute. La réponse tient dans la main gauche. Rien dans « Comptine d’un autre été : l’après-midi » ne résiste note à note ; ce qui fait le morceau, c’est le nombre de ces notes et leur égalité. La deuxième question amène ici la plupart des lecteurs : où se procurer la partition, quand le compositeur est vivant et que rien de ce qu’il a écrit n’est tombé dans le domaine public.

Ce que contiennent les trois pages

Les éditions sous licence tiennent en trois pages et s’accordent sur l’armure : mi mineur, un dièse à la clé, une noire autour de cent au métronome dans la version publiée par Musicnotes. L’enregistrement de la bande originale, paru le 23 avril 2001 chez Virgin, dure deux minutes vingt. La grille tourne sur quatre mesures et quatre harmonies : mi mineur, sol, si mineur, ré, plusieurs d’entre elles posées sur un ré à la basse, ce qui donne cette impression de nappe qui ne se pose jamais tout à fait.

La forme est presque scolaire dans son économie : une introduction brève, une première section calme où la mélodie se déplie en valeurs longues, une seconde section où la main droite passe aux doubles croches, puis la reprise de l’ensemble une octave plus haut. L’écriture couvre un peu plus de trois octaves et demie, de la basse de la main gauche jusqu’aux aigus de cette reprise. Sur le papier à musique, il n’y a rien d’autre. C’est ce dépouillement même qui trompe.

L’ostinato : le vrai sujet du morceau

La main gauche entre à la première mesure et lâche prise à la dernière. Entre les deux, elle répète la même cellule sans une respiration, sans un temps de silence où reposer l’avant-bras. Un pianiste qui découvre la pièce joue les vingt premières secondes sans difficulté, puis sent l’avant-bras chauffer, puis serre le poignet pour compenser, et à partir de là chaque mesure coûte plus cher que la précédente. Le tempo grimpe sans qu’il s’en rende compte, les notes de la cellule cessent d’être égales entre elles, et l’auditeur entend un moteur qui cliquette au lieu d’un balancement.

Deux endroits concentrent la casse. Le premier est l’arrivée des doubles croches à la main droite : l’attention bascule tout entière sur la mélodie, et la main gauche, livrée à elle-même, ralentit ou durcit son articulation. Le second est la reprise à l’octave, qui survient alors que l’endurance est déjà entamée et demande pourtant le son le plus soigné du morceau. C’est là que se joue la différence entre une lecture correcte et une interprétation.

Cette fatigue tient à l’assise, à la hauteur du banc et à la façon dont le poids du bras est transmis au clavier : les principes réunis dans notre article sur le doigté et la posture au piano valent ici autant qu’une heure de travail supplémentaire.

Facile ? Cela dépend de l’édition que vous ouvrez

La réputation de facilité de cette musique n’est pas usurpée, à condition de préciser de quelle version on parle. Les éditeurs déclinent le titre sur toute l’échelle, du duo professeur-élève à la transcription intégrale, et l’écart de difficulté entre les deux extrémités est considérable.

VersionOù on la trouveNiveau annoncé par l’éditeur
Très simplifiéeNoviscore niveau 0, Tomplay en « very easy » et « beginner », y compris à quatre mains professeur-élèveDébutant
IntermédiaireNoviscore niveaux 1 et 2, Tomplay « easy » et « easy/intermediate », OKTAV coté 23, 34 et 40 sur 100Facile à intermédiaire
Texte originalNoviscore niveau 3, version originale de Tomplay, Musicnotes, Quickpartitions, OKTAV coté 44 sur 100Intermédiaire à avancé

Notre sélection de morceaux de piano faciles pour débutants range la Comptine en deuxième année : c’est exact pour les arrangements allégés, qui existent chez tous les éditeurs cités et laissent la pièce reconnaissable. Le texte joué dans le film demande, lui, trois à cinq ans de pratique, et les catalogues professionnels le classent en intermédiaire à avancé. Un élève de deuxième année peut la jouer ; il jouera une autre partition que celle du disque, et il vaut mieux qu’il le sache en l’achetant. Le reste du catalogue du compositeur suit la même logique de paliers, détaillée dans notre guide des partitions de Yann Tiersen.

Acheter la partition, et écarter le reste

Yann Tiersen compose et publie toujours. Ses œuvres resteront protégées soixante-dix ans après sa mort, ce qui repousse leur entrée dans le domaine public bien au-delà de ce siècle. Deux conséquences pratiques. IMSLP, qui ne diffuse que du répertoire libre, n’en propose rien et n’en proposera rien : chercher la Comptine sur cette bibliothèque est une impasse. Et les fichiers estampillés « partition gratuite » qui saturent les premiers résultats sont des copies non autorisées, souvent relevées à l’oreille, avec des rythmes approximatifs dans l’ostinato et des doigtés absents. La frontière entre les deux régimes est expliquée en détail dans notre dossier sur les partitions de piano gratuites.

Les catalogues sous licence, eux, se comptent sur les doigts d’une main et affichent leurs crédits. Les éditions numériques créditent Universal Music Publishing MGB France et Ici d’Ailleurs, mention que l’on retrouve à l’identique chez Tomplay et chez Quickpartitions. Musicnotes vend le texte original en mi mineur, transposable dans six autres tonalités, avec sa référence de catalogue MN0091413. Quickpartitions propose le même contenu en PDF avec doigtés et transposition après achat. Tomplay ajoute la bande son, le clavier à l’écran et une déclinaison qui va du duo pédagogique à l’original. OKTAV répartit quatre arrangements sur son échelle centésimale. MuseScore héberge une version « Official » sous licence au milieu de milliers de dépôts d’utilisateurs : seule l’étiquette officielle garantit ce que vous imprimez. Comptez cinq à sept euros le titre, quel que soit le guichet.

Deux réserves avant de sortir la carte bancaire. L’« essai gratuit » affiché par Noviscore est un extrait de démonstration, pas la partition complète offerte : la version entière reste payante, à chacun des quatre niveaux. Et les pages qui promettent une partition légale mais vendent en réalité une transcription produite par un algorithme à partir de l’audio ne sont pas des éditions : sans crédit d’éditeur, le fichier n’a pas plus de valeur qu’un relevé amateur, et j’en ai vu décrire la pièce comme une valse à trois temps alors qu’elle est écrite à quatre.

Pour du papier, le recueil Piano Works 1994-2003 publié chez Ricordi contient la Comptine aux côtés de cinq autres pages tirées d’Amélie, pour une trentaine d’euros : l’achat devient rentable dès la deuxième pièce travaillée. D’autres volumes de ce format attendent dans notre rayon de partitions de piano.

Un plan de travail qui tient la distance

Cette pièce se travaille comme un exercice avant de devenir de la musique, et l’ordre des étapes compte plus que le nombre d’heures. Celui que j’utilise en cours tient en cinq points, sur six à huit semaines pour un élève qui travaille un quart d’heure par jour.

  • Main gauche seule, deux mesures en boucle, au métronome lent. L’objectif n’est pas la vitesse mais l’égalité : chaque note du motif doit sonner au même volume que ses voisines, avec un poignet souple. Deux minutes de boucle sans crispation valent mieux qu’une lecture complète du morceau.
  • Le cycle harmonique appris par cœur. Quatre mesures, quatre harmonies. Une fois la boucle mémorisée, les yeux se libèrent pour la portée supérieure, et la mémoire musculaire prend le relais quand l’attention faiblit.
  • La section en doubles croches isolée, avant tout assemblage. C’est le passage qui allonge le délai d’apprentissage. Travaillé seul, en rythmes pointés puis à valeurs égales, il cesse d’être un mur.
  • L’assemblage par blocs de quatre mesures, jamais depuis le début. Reprendre chaque fois à la première mesure fait travailler cent fois l’introduction et jamais la reprise à l’octave, qui est pourtant l’endroit fragile.
  • La nuance décidée à l’avance, notée au crayon. La grille étant identique d’une section à l’autre, l’intérêt naît du plan sonore : où l’on retient, où l’on ouvre, où la main gauche recule derrière la mélodie.

Un dernier point pour ceux qui apprennent en autonomie. Cette musique se mémorise vite, et l’oreille finit par masquer les trous du déchiffrage : on croit lire alors qu’on récite. Reprendre la partition à froid, une fois le morceau su, remet les choses en place, et notre méthode pour lire une partition de piano sert à ça. La Comptine occupe une place utile dans une progression : elle apprend la régularité, la conduite d’un motif répétitif et le dosage de la pédale, trois acquis que notre parcours pour apprendre le piano remet en jeu dans un tout autre répertoire.

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