Le Canon de Pachelbel au piano : niveau réel et partition libre de droits
Pachelbel a écrit son Canon pour trois violons et basse continue : au clavier, tout est transcription, et le niveau dépend de la version ouverte. Ce que la basse obstinée impose aux deux mains, ce que le piano abandonne du canon à trois voix, et le statut exact des fichiers déposés sur IMSLP.



3 heuresPublié le 16 octobre 2026 à 20:37
de lecture
Deux fichiers intitulés « Canon de Pachelbel » peuvent n’avoir presque rien en commun. L’un tient sur trois pages et se lit en première année. L’autre en compte cinq et empile quatre lignes indépendantes. Aucun des deux ne triche : la pièce n’a jamais été écrite pour le clavier. Pachelbel l’a composée vers 1680 pour trois violons et une basse continue, et toute version pour piano redistribue quatre parties sur deux mains. La question du niveau n’a donc qu’une réponse honnête : il dépend de la transcription que vous ouvrez. Celle de la partition tient en une ligne : l’œuvre appartient au domaine public, la transcription pas toujours.
Une pièce de chambre pour trois violons
Le titre complet est Canon et Gigue en ré majeur pour trois violons et basse continue, P.37 au catalogue du compositeur. Deux mouvements : un canon de cinquante-sept mesures, puis une gigue de vingt mesures en 12/8 que presque personne ne joue, six à sept minutes en tout. Ni la date ni les circonstances de la composition ne sont connues : la fourchette proposée va de 1680 à la mort de Pachelbel, en 1706.
Le canon obéit à une règle unique : les trois violons jouent la même ligne du début à la fin, décalés de deux mesures. Sous eux, le continuo, violoncelle et clavecin, tient la basse et réalise l’harmonie chiffrée. Le baroque de chambre occupe une place à part dans le répertoire classique au piano : celle des œuvres qu’on y joue sans qu’elles y aient été écrites.
Deux siècles d’oubli, puis un disque
L’œuvre n’a laissé qu’une source, une copie manuscrite conservée à la Staatsbibliothek de Berlin, établie entre 1838 et 1842 d’après un original perdu. Elle sort de l’ombre en 1919, publiée par le musicologue Gustav Beckmann à la suite d’un article sur Pachelbel compositeur de musique de chambre. Max Seiffert en donne une version pratique en 1929, continuo réalisé, avec quantité de nuances absentes de la source. La célébrité arrive en 1968 : l’orchestre de chambre Jean-François Paillard grave le canon chez Erato dans un arrangement de son chef, tempo bien plus lent que l’usage d’alors, parties obligées ajoutées. Le film de Robert Redford Des gens comme les autres reprend cette version en 1980, et le morceau devient la pièce des mariages et des génériques.
Huit notes qui ne bougent jamais
Tout repose sur une basse obstinée de huit notes : ré, la, si, fa dièse, sol, ré, sol, la. Huit noires, deux mesures, puis le cycle recommence. Il revient vingt-huit fois, ce qui remplit les cinquante-six premières mesures du canon, la cinquante-septième servant de cadence. La suite d’accords qui en découle, ré, la, si mineur, fa dièse mineur, sol, ré, sol, la, est l’une des plus reprises de la musique populaire.
Au clavier, cette basse devient une grille. La main gauche ne module pas : elle donne le tempo et le tient six minutes durant. Tout ce qui bouge se passe au-dessus. Les couplets s’empilent en valeurs de plus en plus courtes, des noires aux croches puis aux doubles croches, et l’escalade de difficulté tient à cet endroit. Beaucoup de transcriptions y font passer la main droite par des accords brisés sur la même grille : le geste travaillé dans notre guide des arpèges au piano sert ici sans détour.
Deux mains pour quatre parties
Le piano récupère deux choses sans effort. La basse : une ligne courte, répétée, posée sur les temps dans le grave, c’est exactement ce que la main gauche sait faire. L’entrelacs ensuite : sur un instrument unique, les voix qui se croisent tiennent dans le même champ de vision.
Ce qu’il abandonne tient au canon lui-même. Sur trois violons, chaque entrée a son instrument, son timbre et sa place dans l’espace : l’oreille suit trois lignes qui disent la même chose à deux mesures d’écart, et c’est le sujet entier de la pièce. Sur un piano, les trois voix se disputent les mêmes touches dans le même registre, et quand la deuxième rattrape la première sur une note commune, il ne reste qu’un son. L’arrangeur tranche alors : supprimer une voix, en déplacer une d’une octave, ou tout garder et livrer une partition que peu de mains tiennent.
Le catalogue d’IMSLP porte la trace de cet arbitrage. L’une des transcriptions déposées annonce qu’elle conserve la polyphonie complète, trois voix plus la basse, sans coupe, son auteur jugeant les adaptations existantes insuffisantes. Cinq pages, contre trois pour la version débutant d’un éditeur français : l’écart de pagination raconte l’écart de contenu.
Le niveau se lit sur la transcription, pas sur le morceau
| Type de version | Ce que font les mains | Ce qu’elle demande |
|---|---|---|
| Réduction mélodie et basse, trois pages | Gauche sur les huit notes en valeurs longues, droite sur la ligne du premier violon | Fin de première année |
| Version intermédiaire | Gauche en accords ou en basse d’Alberti, droite en croches puis en doubles croches | Deux à trois ans de pratique |
| Transcription intégrale | Quatre parties réelles sur deux mains, voix qui se croisent | Lecture polyphonique acquise, plusieurs années |
Les éditeurs confirment cette échelle. Tomplay décline le canon sur six degrés en piano seul, de très facile à avancé, plus des versions avec orchestre enregistré, dont une accessible aux grands débutants. Noviscore en vend trois niveaux, trois pages chacun, autour de six euros. Même titre, même basse, six objets pianistiques différents.
Deux évidences s’ensuivent. Personne ne « sait jouer le Canon de Pachelbel » : on joue une version, et le dire évite des malentendus en cours. Une version allégée n’est pas un canon au rabais, c’est un morceau distinct qui emprunte sa grille, comme les pièces réunies dans les morceaux de piano faciles. Notre progression d’apprentissage du piano situe ces paliers parmi les autres.
Domaine public d’un côté, licences de l’autre
Pachelbel est mort à Nuremberg en 1706. Les soixante-dix ans de protection après la mort de l’auteur sont derrière nous depuis plus de deux siècles : la musique appartient à tout le monde, et IMSLP se recommande sans la moindre réserve pour l’œuvre elle-même. La page du Canon et Gigue P.37 donne la copie manuscrite de Berlin et l’édition Seiffert de 1929, l’une et l’autre marquées « Public Domain ».
Le flou touche la transcription, pas l’œuvre : c’est justement ce que vous cherchez. Les quatre versions pour piano déposées sur cette page portent des licences Creative Commons, pas le bandeau du domaine public. Relevé du 13 août 2026 :
- Une transcription signée H. M., déposée en 2007, quatre pages, licence Attribution.
- Celle de Debneil Nag Chowdhury, 2015, cinq pages, licence Attribution, pas d’utilisation commerciale, partage dans les mêmes conditions.
- Celle d’Isaac David, 2017, cinq pages, licence Attribution : la version intégrale évoquée plus haut.
- Celle de Carlotta Ferrari, cinq pages, licence Attribution, écrite pour la main gauche seule.
Pour travailler chez vous, la nuance ne change rien : vous téléchargez et vous jouez. Elle compte dès que le fichier ressort de votre pupitre : republié, photocopié pour une classe, glissé dans un support commercial. Les quatre imposent alors de citer l’arrangeur, et l’une interdit tout usage lucratif. Notre guide des partitions de piano gratuites détaille ce jeu de cases.
L’édition Seiffert appelle une autre remarque. Libre de droits, elle ajoute pourtant au texte de Pachelbel des nuances et des articulations qui n’existent pas dans la source. Une transcription bâtie dessus vous fera jouer les intentions d’un éditeur de 1929 en croyant suivre celles du compositeur, comme pour le choix d’une partition de Bach.
Payer garde un sens sur une œuvre libre : on n’achète pas la musique, on achète le travail de l’arrangeur et un niveau calibré. Pour une pièce reprise chaque année, le papier tient mieux sur le pupitre qu’un écran, ce que couvre notre catalogue de partitions de piano.
Travailler une pièce qui se répète
La main gauche vient en premier, seule, au métronome, sur une dizaine de cycles enchaînés. Le défaut que j’entends le plus en cours apparaît plus tard, quand la main droite se remplit : le cycle s’étire dans les croches, se resserre dans les doubles croches, et l’ostinato cesse d’être un point fixe. Enregistrez-vous et comparez un cycle du début à un cycle de la fin.
Le montage se fait couplet par couplet, dans l’ordre de la partition. C’est le cadeau de cette architecture : chaque unité tient en deux mesures, l’harmonie dessous ne change pas, et ce qui coince se répare sur deux mesures au lieu de vingt. Trois enchaînements propres, puis les deux couplets ensemble.
Un travail sépare l’interprétation du défilé d’accords : faire entendre le canon. Prenez une voix, suivez-la sur toute sa course, donnez-lui un rien plus de son à chacune de ses entrées. Recommencez avec la deuxième, puis la troisième. La pièce redevient alors trois lignes qui se courent après.
Deux réglages pour finir. La pédale change à chaque note de la basse, soit huit fois par cycle : tenue plus longtemps, elle empile le ré, le la et le si dans la même résonance. Le tempo, lui, gagne à rester en dessous de ce que la main voudrait : le canon supporte la lenteur, le disque de 1968 l’a montré, mais pas l’emballement des couplets rapides.
Les vingt-huit cycles en place, la pièce se prête à ce que peu de morceaux permettent. Elle se joue à deux, un pianiste sur la basse, l’autre sur les voix. Et ses huit accords qui tournent forment une grille sur laquelle tout se tente sans se perdre.
Questions fréquentes
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