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Pianoteq est un piano virtuel qui ne renferme pas une seule note enregistrée. Là où une bibliothèque de piano rejoue des prises de son, celui-ci fabrique le son pendant que vous jouez, à partir d’un modèle mathématique des marteaux, des cordes et de la table d’harmonie. L’éditeur est toulousain : Modartt, dont le modèle a été mis au point à l’Institut de mathématiques de Toulouse, à l’INSA, et dont le premier Pianoteq date de 2006. La version 9 est sortie le 20 octobre 2025 ; au 13 août 2026, le téléchargement proposé porte le numéro 9.2.1 et l’installation pèse une cinquantaine de mégaoctets.

Cette page suit l’ordre des questions qu’un pianiste se pose devant ce logiciel : en quoi il diffère d’une banque de sons, ce qu’il réclame à l’ordinateur, ce qu’il coûte, et ce qu’une partie des musiciens lui reproche. Chaque chiffre qui suit vient d’une page consultée le 13 août 2026 chez Modartt, de son manuel ou d’un test paru en presse spécialisée.

Calculer un piano au lieu de le rejouer

Un instrument échantillonné déclenche des fichiers audio captés au micro, selon la mécanique que détaille notre article sur le sampler en musique. Pianoteq procède à l’envers : chaque note est construite au moment où la touche descend, par un modèle qui simule le marteau, la corde et la table d’harmonie. Le procédé est breveté et sort d’un laboratoire de mathématiques ; le fondateur de Modartt, Philippe Guillaume, a été accordeur et réparateur de pianos avant de diriger le département de mathématiques de l’INSA de Toulouse.

Le premier effet s’entend sur la nuance. Le timbre évolue d’un pianissimo à un fortissimo sans jamais basculer d’une couche enregistrée à la suivante, puisqu’aucune couche n’existe : sur les 128 valeurs de l’échelle MIDI, l’éditeur en annonce 127 exploitables comme vitesse de frappe, davantage si le clavier en transmet plus. Audiofanzine résumait l’avantage à propos de la version 8 : ni round robin ni empilement de couches de vélocité pour obtenir un instrument expressif.

Le deuxième effet tient à ce qui se passe entre les cordes. Quand la pédale forte lève les 88 étouffoirs, le moteur calcule la vibration par sympathie de l’ensemble des cordes, ainsi que le duplex arrière qui donne son éclat à l’aigu. Le troisième est plus rare encore : l’instrument reste modifiable. Dureté des marteaux, profil du spectre, longueur des cordes, impédance de la table, largeur des unissons, tempérament, diapason, et un curseur Condition qui vieillit le piano jusqu’au son de bastringue. Sur une banque échantillonnée, ces paramètres sont figés dans les fichiers le jour de l’enregistrement.

Le brancher sur le piano numérique du salon

Le scénario le plus courant chez nos lecteurs demande un câble USB et rien d’autre : le piano numérique envoie à l’ordinateur les messages décrits dans notre article sur le fichier MIDI, le logiciel renvoie le son au casque ou aux enceintes. Le meuble garde son clavier, son poids de touche et sa pédale, questions traitées dans notre comparatif du toucher lourd ou semi-lesté ; seul le générateur de son change. Pour qui part de zéro, un clavier maître lesté suffit, et notre face-à-face Akai, Arturia ou Novation couvre ce choix.

Deux réglages méritent la séance de mise en route. Le premier est la courbe de vélocité : Pianoteq embarque un assistant de calibration qui adapte sa réponse à votre clavier et à votre jeu, la courbe s’édite ensuite point par point, et la communauté des utilisateurs maintient une collection de courbes par modèle de clavier. Le second est la pédale. Le manuel parle de pédale forte progressive et de demi-pédale, à condition que l’instrument transmette une progression MIDI assez fine, jusqu’à 127 valeurs : le point se vérifie sur la fiche de votre piano avant d’espérer un jeu de pédale continu.

Le son sort de l’ordinateur, la latence entre en jeu

Sur un piano numérique, le son naît dans le meuble et le trajet est court. Dès que le calcul passe par un ordinateur, il faut compter l’aller-retour du clavier vers la machine puis vers la sortie audio, et ce trajet se règle du côté du pilote. Le manuel réclame une carte son et des pilotes compatibles ASIO sous Windows, annonce Windows 10 en 64 bits ou plus récent, macOS 10.13 ou plus récent, Linux en x86 comme en ARM, un processeur récent et 512 Mo de mémoire vive, et affirme tenir des latences très basses avec de bons pilotes. Notre guide sur ASIO4ALL et la latence audio traite la question là où elle se joue, du côté du pilote et de la mémoire tampon.

La facture matérielle change de nature par rapport à une banque échantillonnée. Celle-ci réclame du disque et de la mémoire pour tenir ses fichiers ; celui-là sollicite le processeur en permanence, puisque chaque note est calculée à la volée. Trois réglages échangent de la charge contre de la stabilité : la polyphonie, fixée à la main ou confiée à un mode automatique, la fréquence d’échantillonnage interne, que le manuel conseille d’abaisser sur les machines modestes, et le rendu multicœur. La polyphonie prend ici le sens qu’elle a sur un instrument, celui qu’explique notre article sur la polyphonie d’un piano numérique, à ceci près que le plafond dépend de votre processeur et non du constructeur.

Un timbre qui partage les pianistes

Le désaccord porte sur le son, il dure depuis des années, et il traverse les sources sérieuses. Dans Sound On Sound d’avril 2026, Robin Bigwood juge la version 9 plus racée que la 8, relève davantage de mouvement dans l’extinction des notes et dans la résonance de pédale, et conclut que le logiciel reste l’une des meilleures options pour un usage sérieux du piano virtuel.

Le même texte porte la réserve. Son auteur écrit avoir signalé, dans chacun de ses comptes rendus successifs, une part d’artificialité fugace et difficile à nommer ; sur le Steinway D de New York, il pointe quelques notes graves d’une raideur surprenante dans plusieurs presets principaux, absentes du preset Sombre. Il évoque aussi le caractère sonore frontal qui a tenu une partie des musiciens à distance jusqu’ici. Du côté français, Audiofanzine observait que quantité de pianistes préfèrent Pianoteq aux grosses banques échantillonnées, chez les classiques en particulier, et que d’autres restent attachés à un concurrent samplé pour son côté instrument réel.

Ce débat ne se règle pas depuis une page web, et la version d’essai en dit plus qu’un paragraphe. Elle est complète, packs optionnels compris en mode démonstration, avec deux limites : huit notes restent muettes (fa dièse 1, sol dièse 1, la dièse 1, do dièse 5, ré dièse 5, fa dièse 5, sol dièse 5 et la dièse 5) et le logiciel demande un redémarrage toutes les vingt minutes. Une demi-heure sur votre propre clavier, au casque, en dira plus que n’importe quelle démonstration enregistrée.

Éditions, packs et tarifs relevés le 13 août 2026

La gamme se lit dans un ordre simple : chaque édition contient la précédente et ajoute des outils de réglage. Le nombre de packs d’instruments offerts monte avec elle, et le choix de ces packs se fait à l’enregistrement de la licence.

ÉditionCe qu’elle ajoutePacks inclusTarif éditeur au 13/08/2026
StageÉgaliseur, courbe de vélocité, effets et réverbération2139 €
StandardModification du modèle (dureté des marteaux, longueur des cordes), accordage avancé, placement et mélange de cinq micros, chargement d’impulsions de réverbération, morphing et superposition d’instruments3269 €
PROÉdition note par note de plus de trente paramètres physiques, retouche des partiels, fréquence interne jusqu’à 192 kHz4399 €
Studio BundleLa version PRO et la totalité du catalogue d’instrumentstous929 €

Le catalogue additionnel comptait 25 packs ce jour-là, tous affichés à 49 € pièce : les Steinway B et D, le Bösendorfer 280VC, le Shigeru Kawai SK-EX, un Bechstein, un Grotrian, un Petrof, un Steingraeber, un Blüthner, des clavecins Ruckers, des harpes, des pianos électriques, des percussions chromatiques, une guitare classique, et Syngular, un jeu de sons de synthèse bâti sur le même moteur. La mise à jour d’une licence antérieure vers la version 9 s’affiche à 29 €. Les instruments historiques du projet KIViR, clavicorde, cimbalum, clavecins et pianoforte, sont offerts aux utilisateurs enregistrés quelle que soit leur édition, et une licence de bureau autorise l’application iOS sans supplément. Le logiciel s’achète chez son éditeur ; le rayon logiciels pour la MAO de la boutique couvre le reste du poste de travail.

Les cas où l’achat se justifie mal

  • Un budget à zéro. L’essai reste un essai, avec ses huit notes muettes et ses vingt minutes. Un pianiste qui cherche un beau son sans dépenser trouvera de quoi jouer dans notre sélection de plugins VST de piano gratuits, dont les meilleurs éléments reposent sur l’échantillonnage.
  • La recherche d’un piano de concert capté en studio. Celui qui veut la salle, les micros et le grain d’une prise de son cherche précisément ce qu’une banque échantillonnée fabrique, et le désaccord exposé plus haut lui donne raison autant qu’au camp d’en face.
  • Un poste sans ordinateur. Ajouter une machine à la chaîne ajoute un pilote audio, une sortie à régler et une latence à surveiller. Si le son interne du meuble convient, la question posée par notre comparatif piano numérique ou synthétiseur vient avant celle du logiciel.

Le profil auquel il convient le mieux se dessine nettement : le pianiste équipé d’un bon clavier, curieux de plusieurs instruments, qui joue au casque à des heures indues et qui aime régler son piano comme un accordeur règle le sien.

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