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Le même fichier .mid ouvert sur deux ordinateurs donne deux résultats sans rapport : un piano crédible d’un côté, une sonnerie de téléphone des années 2000 de l’autre. Le fichier n’y est pour rien, il ne transporte aucun son. Il décrit un geste, quelle touche, à quel instant, avec quelle force, relâchée quand ; le son arrive après, fabriqué par la machine qui lit. Pour un pianiste dont l’instrument porte une prise USB à l’arrière, ce contresens commande le reste.

Les éléments techniques réunis ici viennent des spécifications de la MIDI Association et de l’AMEI, des fiches de format de la Bibliothèque du Congrès et de documentations d’éditeurs, consultées le 13 août 2026.

Ce que le fichier note, et ce qu’il laisse décider à l’autre bout

Un fichier MIDI est un conteneur d’événements horodatés. La spécification y voit un moyen d’échanger des données entre programmes : le fichier porte un ou plusieurs flux, avec le temps de chaque événement, la structure des pistes, le tempo et le chiffrage de mesure, plus des méta-informations, nom de piste et mention de copyright comprises.

Les événements qui intéressent un pianiste sont peu nombreux. Une note enfoncée porte un numéro, de 0 à 127, le do central étant le 60, et une vélocité, sur la même échelle de 128 valeurs, qui traduit la vitesse d’enfoncement. Le relâchement est un second événement. Seize canaux font cohabiter plusieurs instruments dans le même fichier.

Ce que le fichier transporteCe qu’il laisse à la machine qui le lit
Les touches enfoncées, sous forme de numéros de noteLe timbre : piano, orgue ou cordes
La force d’enfoncement, sur 128 valeursLa courbe de réponse, propre à chaque instrument
L’état de la pédale et des commandes continuesLe sort des positions intermédiaires de pédale
Le numéro d’instrument demandé, canal par canalLe son associé à ce numéro, et la polyphonie disponible

MIDI la norme, .mid le fichier, General MIDI la table d’instruments

Trois choses portent le même nom. MIDI désigne d’abord une norme de communication entre appareils, démontrée au NAMM d’hiver 1983, où deux synthétiseurs concurrents, un Prophet-600 et un Roland Jupiter-6, échangent des notes. La spécification MIDI 1.0 est publiée en août 1983, la MIDI Manufacturers Association se constitue l’année suivante.

Le Standard MIDI File vient après : il range ces messages dans un document au lieu de les faire circuler dans un câble, sous les extensions .mid et .midi. Le type 0 fond tout dans une piste unique, le type 1 conserve plusieurs pistes jouées ensemble. C’est le second qu’il faut exporter dès qu’on veut retrouver ses pistes séparées à l’ouverture. Le type 2 ne circule presque jamais.

General MIDI est autre chose : une table qui associe un numéro de programme à un nom d’instrument, pour limiter les surprises d’une machine à l’autre. Le niveau 1 définit 128 instruments et 47 sons de percussion, regroupés sur le canal 10. La MIDI Association signale que ce niveau 1 a été remplacé en 1999 par General MIDI 2, tout en restant le format le plus courant pour la musique distribuée en .mid. La table fixe le nom de l’instrument, pas sa qualité.

La vélocité et la pédale, les deux messages qui décident du rendu

Sur les 128 valeurs de vélocité, un instrument virtuel ne règle pas qu’un volume : il change de couche d’échantillons, donc de timbre, mécanique que détaille notre sampler en musique. Une même partie change de caractère d’une banque à l’autre pour cette seule raison.

La pédale voyage à part. Le tableau officiel des contrôleurs continus place la pédale forte sur le numéro 64, sous le nom de Damper Pedal, avec une convention simple : en dessous de 64, relâchée ; à partir de 64, enfoncée. Le sostenuto occupe le 66, la pédale douce le 67. La pédale s’enregistre donc sans micro, s’édite après coup comme une courbe indépendante des notes, et un passage noyé se rattrape sans rejouer une mesure.

La demi-pédale, elle, tombe dans un angle mort : le contrôleur 64 est décrit comme un interrupteur, et le sort des positions intermédiaires est longtemps resté à l’appréciation de chaque constructeur, point que la norme récente reprend en main.

Enregistrer son jeu, puis corriger sans rejouer

Un piano numérique muni d’une prise USB se relie à un ordinateur comme un périphérique d’entrée : le logiciel arme une piste, et ce sont les événements du jeu qui s’y inscrivent, pas un signal audio. Sans piano numérique, la même fonction revient à un clavier maître, dont nous confrontons trois familles dans Akai, Arturia ou Novation ; le choix d’un clavier maître MIDI se joue sur le toucher autant que sur le nombre de touches.

Ce qui apparaît à l’écran est un rouleau de notes, éditable une par une. Une fausse note se remplace en la déplaçant d’un demi-ton, une note en avance se recale à la souris, une nuance ratée se corrige en modifiant sa seule vélocité. Ce qui imposerait une nouvelle prise en audio prend ici quelques secondes, et c’est le premier service que le MIDI rend à un pianiste qui travaille seul.

La quantification demande plus de retenue : aligner les événements sur une grille remet en place une partie rythmique, mais appliquée à une pièce jouée avec du rubato, elle en retire ce qui la rendait vivante. Deux gestes limitent les dégâts : quantifier une sélection plutôt qu’une prise entière, et garder l’originale de côté.

Un piano acoustique ne produit rien de tout cela, et la captation passe par un micro, terrain que couvre enregistrer son piano chez soi. Côté logiciel hôte, un logiciel de musique gratuit suffit à l’enregistrement, et le face-à-face Ableton, FL Studio et Logic Pro montre ce que chacun fait de l’édition des notes.

Convertir un fichier MIDI en MP3, ou en partition

« Convertir » est un abus de langage commode : il n’y a pas d’audio à convertir, il faut faire jouer le fichier par un instrument et enregistrer ce qu’il produit. La fiche de format de la Bibliothèque du Congrès le dit sans détour : la restitution sonore réclame un synthétiseur, matériel ou logiciel, quand l’impression d’une partition réclame un logiciel capable de traduire ces données en notation. Le passage à l’audio emprunte l’une des routes ci-dessous.

  • Le séquenceur : vous chargez un piano échantillonné sur la piste, puis vous exportez le mixage en audio. Le rendu est le meilleur des trois, puisque le son final est celui que vous avez choisi ; les banques de piano en VST gratuit que nous avons passées en revue y suffisent.
  • Le logiciel de notation : il ouvre le fichier, l’affiche sur portée et exporte l’audio dans la foulée. MuseScore Studio lit les extensions .mid, .midi et .kar et les convertit en notation.
  • Le convertisseur autonome : un moteur comme FluidSynth, bâti sur la spécification SoundFont 2 et disponible sur les trois systèmes, joue un fichier MIDI avec la banque de sons qu’on lui confie. Les convertisseurs en ligne font de même sur leur serveur, avec une banque General MIDI générique, d’où ce timbre de sonnerie polyphonique.

Le choix de l’instrument décide du reste : le même fichier rendu avec un piano échantillonné, puis avec une table General MIDI d’entrée de gamme, donne deux MP3 sans rapport. Les séquenceurs et les instruments virtuels occupent le rayon logiciels pour la MAO, et le tour d’horizon de la musique assistée par ordinateur les situe les uns par rapport aux autres.

Un fichier trouvé en ligne n’est pas une partition

La conversion vers la portée est une traduction, avec ses pertes. Le MIDI ignore l’orthographe des altérations : rien n’y distingue un sol dièse d’un la bémol. Il ignore aussi la répartition entre les mains, les doigtés, le phrasé et les indications de caractère. Sur un jeu sans grille, l’algorithme doit deviner où tombent les mesures, d’où des rythmes qu’aucun éditeur n’aurait écrits ainsi.

S’ajoute la qualité de la source : beaucoup de fichiers en circulation sont des relevés d’oreille, fidèles à l’enregistrement dont ils sont tirés plutôt qu’au texte de l’œuvre. Ils servent à repérer une harmonie, pas à travailler un morceau.

Leur statut juridique est l’autre inconnue. Une transcription reste attachée à l’œuvre qu’elle transcrit, et la page qui la propose au téléchargement n’indique presque jamais quelle autorisation la couvre. Nous ne tranchons pas au cas par cas : la position tenable consiste à traiter ces fichiers comme des documents de travail, pas comme des sources à publier.

MIDI 2.0 : ce qui a bougé, et ce que votre .mid en voit

MIDI 2.0 est présentée au NAMM d’hiver 2020, et ses spécifications centrales ont été mises à jour en juin 2023. Le gain porte sur la résolution : la vélocité passe de 128 valeurs à 16 bits, soit plus de 65 000 échelons, et des contrôleurs peuvent s’appliquer note par note. La MIDI Association prévient toutefois que MIDI 2.0 ne remplace pas MIDI 1.0, et traite la traduction entre les deux comme une priorité. Microsoft a annoncé le 17 février 2026 la disponibilité générale de Windows MIDI Services, qui prend en charge les deux normes et convertit de l’une vers l’autre.

Le Piano Profile, qui normalise la courbe de vélocité par défaut et le comportement des pédales, demi-pédale comprise, a été approuvé et montré au NAMM 2026, puis démontré à Superbooth en mai. Le versant fichier avance moins vite : le .mid reste un conteneur d’époque MIDI 1.0, et son équivalent pour MIDI 2.0, le MIDI Clip File d’extension .midi2 publié en version 1.0 en juin 2023, est calqué sur le type 0, son pendant multipiste étant encore en cours d’achèvement au point d’étape de février 2026. Rien à changer dans vos habitudes : les fichiers .mid continuent d’être lus partout.

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