Partitions de Yann Tiersen : où les acheter et quel morceau choisir


Il y a un morceau que mes élèves apportent d’eux-mêmes, année après année : « Comptine d’un autre été : l’après-midi », entendue au générique du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Chercher une partition de Yann Tiersen pose alors une question que le grand répertoire ignore : le compositeur enregistre toujours, et chaque page qu’il a publiée reste protégée par le droit d’auteur. Ce guide tient en trois temps : qui il est, ce que valent ses pièces sur l’échelle de difficulté, et les adresses fiables pour se procurer chaque page sans hériter d’un relevé approximatif.
Yann Tiersen en trois phrases
Né à Brest le 23 juin 1970, il se met au piano à quatre ans et au violon à six, puis suit une formation classique dans les académies de Rennes, de Nantes et de Boulogne-sur-Mer. À treize ans le violon casse, une guitare électrique le remplace, un groupe de rock nourri de punk occupe l’adolescence, et l’écriture instrumentale revient au début des années 1990 : La Valse des monstres paraît en juin 1995, Rue des cascades en avril 1996, avec toy piano, clavecin, accordéon et machine à écrire. La bande originale du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, publiée en avril 2001 chez Virgin, fait basculer sa carrière dans une autre dimension : première place des ventes en France, triple disque de platine, César de la meilleure musique de film en 2002.
Le compositeur a depuis quitté le continent. Installé à Ouessant, il y enregistre et y a transformé une ancienne discothèque de Lampaul en studio doublé d’une salle de deux cents places, l’Eskal. Son disque le plus récent, Rathlin from a Distance | The Liquid Hour, est paru le 4 avril 2025 chez Mute : huit pièces de piano seul nommées d’après des lieux de son voyage à la voile de 2023.
Ses morceaux classés par difficulté
On répète volontiers que cette musique se joue sans effort. Le texte est court sur la page et les cellules rythmiques peu nombreuses. L’exigence se loge dans la durée et dans le geste : garder une main gauche égale du début à la fin, tenir une pulsation lente sans qu’elle se déforme, faire chanter une mélodie bâtie sur cinq notes. J’ai vu des élèves déchiffrer ces pages en une soirée et mettre un trimestre entier à les rendre écoutables.
Premier palier : La Dispute, Summer 78, La Valse d’Amélie
« La Dispute », parue sur l’album Le Phare en 1998, sert de porte d’entrée : tempo modéré, main gauche en accords espacés, mélodie qui tient sur une poignée de degrés. Deux années de cours suffisent pour la tenir, à condition de traiter la pédale comme une voix, relevée à chaque changement d’harmonie. « Summer 78 », écrite pour Good Bye, Lenin! en 2003, s’aborde tout de suite après. « La Valse d’Amélie » va un cran plus loin : la main gauche y saute de la basse aux accords à chaque temps, et ces déplacements répétés forment la première vraie difficulté technique du catalogue. Musicnotes en vend une version « easy piano » à côté de l’originale, ce qui règle la question le temps d’une année.
Un élève qui bute encore sur les deux clés gagnera à passer par notre article consacré à la manière de lire une partition de piano : ces pièces se mémorisent vite, et l’oreille finit par masquer les trous du déchiffrage.
Le morceau que tout le monde veut : Comptine d’un autre été
« Comptine d’un autre été : l’après-midi » est le cas d’école de ce répertoire. En mi mineur, elle repose sur un ostinato de main gauche en croches qui démarre à la première mesure et s’arrête à la dernière, sans une respiration. Les deux premières lignes se déchiffrent en dix minutes ; la suite superpose une mélodie en octaves à la main droite, monte vers l’aigu et laisse l’ostinato intact en dessous. C’est là que le poignet chauffe, que l’égalité se perd et que le tempo dérive. Tomplay range sa version originale en niveau intermédiaire à avancé, et l’étiquette est honnête.
Cette main gauche se travaille comme un exercice avant de devenir de la musique : au métronome, sur deux mesures bouclées, la régularité passant avant la vitesse. Le réflexe est celui des gammes au piano, où l’on cherche un son constant bien avant d’accélérer.
Un motif qui tourne sous une mélodie qui se déplie : le mécanisme se retrouve chez un contemporain italien, et les partitions d’Einaudi posent au pianiste le même problème d’endurance, avec un catalogue verrouillé de la même façon côté droits d’auteur.
Le palier suivant : Porz Goret et les pièces d’EUSA
EUSA a d’abord été un livre de partitions avant d’être un disque. Publié par Chester Music en 2016, il rassemble dix pièces de piano seul, chacune rattachée à un lieu d’Ouessant, avec ses coordonnées GPS et une photographie d’Émilie Quinquis ; l’album a suivi le 30 septembre de la même année, enregistré à Abbey Road sur un Steinway. Le niveau change : « Porz Goret » ouvre l’écriture avec de larges écarts, des résonances longues à doser et plusieurs plans sonores à tenir sous les doigts. « Rue des cascades », chanson-titre du deuxième album de 1996 sur laquelle chante Claire Pichet, existe en arrangements qui ramènent voix et accompagnement sur deux portées : l’indépendance des mains y est mise à l’épreuve.
| Niveau | Morceaux | Points de travail |
|---|---|---|
| Deuxième ou troisième année | « La Dispute », « Summer 78 », « La Valse d’Amélie » allégée | Pédale relevée par harmonie, accords espacés, sauts de valse |
| Intermédiaire (3 à 5 ans) | « Comptine d’un autre été », « La Valse d’Amélie » dans le texte, « Sur le fil » | Ostinato égal d’un bout à l’autre, octaves à la main droite, tempo stable |
| Confirmé | « Porz Goret » et les pièces d’EUSA, « Rue des cascades » en arrangement | Larges écarts, résonances à doser, plusieurs plans sonores |
Où trouver ses partitions légalement
Yann Tiersen est vivant et son œuvre reste protégée par le droit d’auteur pour longtemps. Deux conséquences. Son nom n’apparaît pas au catalogue d’IMSLP, qui ne diffuse que des partitions libres de droits. Et tout fichier estampillé « partition gratuite de Yann Tiersen » est une copie non autorisée, le plus souvent relevée à l’oreille. Nous avons décrit cette frontière entre les deux régimes dans un article dédié aux partitions de piano gratuites. Le budget, lui, reste modeste : quelques euros suffisent pour un titre acheté chez un éditeur sous licence.
Les recueils officiels
Deux volumes structurent le catalogue papier. Piano Works 1994-2003, publié chez Ricordi, rassemble vingt-trois pièces sur quatre-vingt-huit pages, dont six tirées d’Amélie. On y trouve la Comptine, « La Valse d’Amélie », « La Dispute », « Sur le fil », « Le Moulin », « La Plage » et les trois « Comptines d’été ».
EUSA, chez Chester Music, couvre l’autre bout de la trajectoire : dix pièces conçues avec le compositeur, des photographies en couleurs, des notes personnelles et un code de téléchargement vers des enregistrements de terrain que l’on peut jouer par-dessus la musique. Comptez une trentaine d’euros par volume, reliure et papier compris.
Les plateformes licenciées, morceau par morceau
Pour acheter au titre près, quatre catalogues ont été vérifiés un par un.
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