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Des milliers de fichiers portent l’étiquette « partition Mozart », et aucun ne dit lequel est à votre portée cette année. Le répertoire pour clavier va des menuets écrits par Mozart enfant aux sonates que des professionnels reprennent toute leur vie, et entre les deux se loge un malentendu de niveau qui décourage beaucoup d’élèves. Ce guide trie l’œuvre par difficulté vérifiable et donne les deux adresses officielles où le texte de référence se consulte et s’emporte légalement.

Dix-huit sonates, et tout le reste

Dix-huit sonates pour piano nous sont parvenues, de K. 279 en ut majeur à K. 576 en ré majeur. Autour de ce noyau gravitent des séries de variations, dont les douze sur « Ah, vous dirai-je, Maman » K. 265, des fantaisies, des rondos et les pièces de jeunesse. Les recherches, elles, se concentrent sur deux titres : la Marche turque et la Sonate dite « facile ». Le reste abrite les pages les plus utiles à un élève en progression.

L’instrument pour lequel il écrivait

Mozart composait pour le pianoforte : environ cinq octaves là où nos pianos en comptent plus de sept, des étouffoirs souvent relevés par une genouillère ou un registre à main plutôt que par une pédale, une mécanique demandant le quart de la force du piano moderne et une course de touche deux fois moindre, un son plus doux et bien moins de tenue. Son exemplaire viennois, attribué au facteur Anton Walter et sans doute construit vers 1782, est conservé à Salzbourg par la Fondation Mozarteum. D’où un réflexe au clavier d’aujourd’hui : dans un mouvement lent, changez la pédale à chaque harmonie, et tenez le forte loin de celui qu’appelle Liszt, une main gauche à pleine masse couvre la mélodie.

Peu de notes, et tout s’entend

On prête à Artur Schnabel une phrase que les professeurs se repassent : les sonates de Mozart sont uniques, « trop faciles pour les enfants, et trop difficiles pour les artistes ». Elle sépare deux niveaux qu’on confond. Celui de la lecture : peu de notes, des tonalités confortables, une figure d’accompagnement qui se répète. Celui de l’exécution : une basse d’Alberti tenue trois minutes sans que le poignet durcisse, une gamme en doubles croches jouée à découvert, des silences qui appartiennent au discours. Chez Chopin, une harmonie tenue à la pédale pardonne une inégalité de doigts ; chez Mozart, elle la souligne.

Ce qu’on peut jouer, et à quel moment

Les cotes ci-dessous sont celles de Henle, sur une échelle de 1 à 9 qui mesure la lecture et les doigts, jamais la difficulté musicale.

NiveauPièces repères (cote Henle)Ce qui résiste
1re et 2e annéeCahier de Nannerl, K. 1a à K. 9a (1 à 3)Deux voix, ambitus étroit, aucune pédale : tout se joue sur la régularité
À partir de la 3e annéeSonate K. 545 (5), 12 Variations K. 265 (5)Basse d’Alberti égale, gammes à découvert, ornements en place
AvancéSonate K. 331 et sa Marche turque (6), Fantaisie K. 397 (6), Sonates K. 310, K. 533/494 et K. 576 (7)Tempo vif tenu jusqu’au bout, conduite des voix, forme longue à porter

Première et deuxième année : le cahier de Nannerl

Leopold Mozart avait constitué un cahier d’exercices pour sa fille aînée ; son frère s’en est emparé et y a laissé ses premiers essais. Henle en réunit dix-sept, écrits entre cinq et huit ans et cotés de 1 à 3, la plupart à 1 ou 2 : menuets et andantes de deux pages, sans croisement de mains. L’Allegro en si bémol K. 3 figure au grade 3 de l’ABRSM. D’autres styles complètent la première année, réunis dans nos morceaux de piano faciles pour débutants.

Troisième année : le vrai palier d’entrée

Le trou est là. Passé le cahier d’enfance, Mozart saute au milieu de l’échelle. La Sonate « facile » en ut majeur K. 545 est cotée 5 sur 9. Il l’a inscrite à son catalogue personnel le 26 juin 1788 comme une petite sonate pour débutants, et elle n’a paru qu’en 1805. Ce « pour débutants » est celui d’un élève de 1788 : le premier mouvement veut une basse d’Alberti d’une régularité de métronome et une gamme de do majeur en doubles croches qui sonne égale, nue.

À cote identique, les douze variations sur « Ah, vous dirai-je, Maman » K. 265 font un meilleur objet de travail : la difficulté y monte par paliers de huit mesures. Toutes tiennent la mesure à deux temps sauf la dernière ; la huitième bascule en ut mineur ; seules les deux dernières portent une indication de tempo, la douzième récapitulant l’ensemble avant sa coda.

La Marche turque, elle, ne relève pas de ce palier, malgré sa réputation de morceau abordable. Elle forme le finale de la Sonate en la majeur K. 331, que Henle cote 6 pour l’ouvrage entier ; l’ABRSM, qui a retenu ce seul mouvement, l’inscrit au grade 8 de son syllabus 2025-2026, le dernier de ses huit échelons. Son mode d’emploi est déjà chez nous, avec la Marche turque au piano. Un point d’édition la concerne aussi : un autographe partiel de la sonate a refait surface à Budapest en 2014, une copie de copiste du temps de Mozart en 2016, et l’urtext Henle révisé les intègre depuis 2021.

Le versant avancé

Trois sonates atteignent le niveau 7 : K. 310 en la mineur, K. 533 en fa majeur associée au Rondo K. 494, et la dernière, K. 576, dont le contrepoint tourne à un tempo qui ne laisse pas respirer. La Fantaisie en ré mineur K. 397 se place un cran en dessous et pose une question d’édition avant une question de doigts : restée fragment selon toute vraisemblance, elle finit sur des mesures venues d’une impression non autorisée de 1806, qu’on attribue d’ordinaire à August Eberhard Müller. Notre panorama du répertoire de piano classique situe ces pages entre Bach et Beethoven.

Les numéros K., et ce que change le nouveau Köchel

Le K. vient de Ludwig von Köchel, qui publia en 1862 le premier catalogue raisonné de l’œuvre. Les révisions suivantes ont cherché à en corriger la chronologie, d’où ces doubles numéros qui déroutent : K. 331/300i, K. 397/385g. Le premier nombre est celui de 1862, le second celui d’une révision postérieure.

Septembre 2024 a vu paraître la neuvième édition, chez Breitkopf & Härtel avec la Fondation Mozarteum, établie par le musicologue Neal Zaslaw, la rédaction revenant à Ulrich Leisinger pour le compte de la Fondation : la première refonte depuis 1964. Elle renonce à l’ordre chronologique. Presque toutes les œuvres authentiques du corps principal retrouvent le plus ancien numéro qu’elles y avaient reçu, et les quatre-vingt-quinze entrées nouvelles sont numérotées à partir de 627, jusqu’à 721.

Sur votre pupitre, l’effet reste mince : le catalogue en ligne de la Fondation donne toujours K. 331 et K. 545 à ces deux sonates, les changements touchant surtout les pièces douteuses, les arrangements et les entrées de 2024. Interprètes, bibliothécaires et archivistes avaient plaidé pour conserver les numéros en usage, et c’est la voie retenue. Quand une partition affiche deux numéros, relevez les deux.

Où télécharger, et sous quelles conditions

La Neue Mozart-Ausgabe en accès libre

L’édition critique de référence, la Neue Mozart-Ausgabe publiée par Bärenreiter, se consulte en ligne dans son intégralité : la Fondation Mozarteum de Salzbourg, associée au Packard Humanities Institute, en met à disposition la version numérisée, texte musical et commentaires critiques, gratuitement, pour un usage privé, scientifique et pédagogique. L’accès reste réservé à l’étude personnelle ; le téléchargement ou la réutilisation en masse est proscrit, et toute reprise du graphisme musical passe par un accord écrit de Bärenreiter.

Une seconde interface pousse sur le même fonds, la Digital-Interactive Mozart Edition : affichage paramétrable, export PDF et XML sous licence Creative Commons CC BY-NC-SA 4.0, qui écarte l’usage commercial, sur une sélection d’œuvres pour l’instant. Une édition critique signale ses ajouts au lieu de les fondre dans le texte, ce qui suppose de lire son appareil de notes. Quand le déchiffrage bloque, c’est en amont que ça se règle : nous avons consacré un article entier à lire une partition de piano.

IMSLP et le tag « Non-PD »

Mozart est mort en 1791 : son œuvre est au domaine public depuis longtemps, et IMSLP l’héberge par centaines de références. La page de la seule Sonate K. 331 aligne l’édition Artaria parue vers 1784, une quinzaine de partitions et une trentaine d’arrangements.

Une distinction échappe pourtant à beaucoup : gravure moderne, révision et transcription sont chacune un travail protégé. Sur cette même page, la révision d’Alessandro Longo (Curci, 1940) porte la mention « Non-PD US », et le scan de la Neue Mozart-Ausgabe renvoie à une note sur le statut des éditions urtext. L’œuvre est libre ; le fichier qui la porte peut ne pas l’être.

  • Le bandeau de statut sous un fichier décide de tout : marqué « Public Domain », il s’utilise partout ; marqué « Non-PD EU » ou « Non-PD US », il dépend de votre pays.
  • Repérez la date et l’éditeur : un tirage du dix-neuvième siècle est libre partout, une révision d’après-guerre appelle vérification.
  • Préférez l’édition critique au tirage ancien : elle distingue le texte de Mozart des ajouts de l’éditeur.

Les plateformes qui annoncent du gratuit sans en avoir le droit, nous les trions dans partitions de piano gratuites.

Le papier, lui, garde ma préférence pour Mozart. Une édition urtext imprimée revient à moins de dix euros pour une sonate isolée, sous les cent euros pour le volume des dix-huit, et achète ce que l’écran ne donne pas : les ajouts éditoriaux identifiés, un doigté choisi par un interprète, une page qui s’annote au crayon. Nous en tenons un choix au rayon partitions de piano.

À un élève de troisième année qui veut du Mozart, je conseille K. 265 avant K. 545 : à cote égale, les variations laissent le temps de monter en régime. La sonate viendra ensuite, et elle sonnera mieux.

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