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Une recherche sur sourdine piano ramène deux marchandises : une bande de feutre d’un mètre cinquante, et des sachets de coins en caoutchouc. Le feutre se pose entre les marteaux et les cordes, pour jouer sans remplir l’immeuble. Les coins font taire une corde le temps d’en régler une autre, et ils sortent de la housse d’un technicien. Un mot, deux métiers.

Un feutre entre le marteau et la corde

Dans un piano droit, les marteaux frappent les cordes à l’horizontale, et il reste devant elles la place d’une épaisseur de feutre. Le marteau frappe alors le feutre, et l’énergie qui arrive au métal tombe. Bechstein décrit ce dispositif sous son nom de facture, le modérateur, « un coussinet de feutre entre les cordes et les marteaux » dont l’effet est « d’abaisser le son et de le rendre plus sourd ».

La bande varie d’épaisseur d’un bout à l’autre. Les fournisseurs de pièces détachées la vendent en lés de 5, 6 ou 7,5 cm, et un atelier montréalais emploie trois épaisseurs pour que l’effet soit « équilibré à travers tous les registres ». Une corde grave a plus d’énergie à perdre qu’une aiguë.

Le feutre sourdine Alnicov du catalogue suit cette logique : sa fiche annonce une bande de 150 x 7,5 cm pour 88 touches, en feutre beige à finition mate, avec un gradient plus épais dans les basses et plus fin dans les aigus, pour un affaiblissement homogène. La largeur comme le gradient reprennent des formats de métier.

Ce que le feutre change sous les doigts

Le premier changement s’entend : c’est le « plus sourd » de Bechstein, un son mat. Le second se sent. L’échappement est réglé pour lâcher le marteau juste avant la corde, à un cheveu de sa surface ; glisser une épaisseur devant elle rapproche le point de contact et modifie la fin de la course de la touche.

La hauteur à laquelle elle pend décide du résultat. Posée trop haut, elle n’assourdit plus ; trop bas, les marteaux l’accrochent en jeu normal. Le même atelier juge l’installation d’un système fixe « assez hasardeuse » sur un vieux piano, dont les marteaux ne sont plus « très pointus comme des neufs ».

Le vocabulaire des fiches demande un recadrage. Chez Bechstein, le mot silence va au système numérique, qui « bloque les marteaux avant qu’ils ne frappent les cordes », et la bande de feutre garde son nom de facture, modérateur. Entre les deux, un piano qui sonne encore, plus bas et plus mat, et un piano qui ne sonne plus.

Ce que je vois passer en cours, ce sont deux usages : le feutre qui sauve une séance tardive, et celui qui s’installe pour de bon. Le second coûte cher : la dynamique disparaît du retour sonore, et une main qui n’entend plus l’écart entre un piano et un mezzo-forte cesse de le produire. Déchiffrage, gammes, mise en place d’un passage récalcitrant : le feutre y a sa place. Le travail du son se fait sans lui, et nos repères de doigté et de posture au piano valent dans les deux cas.

Un piano à queue demande un autre montage : ses marteaux frappent par en dessous, et une bande posée à la main n’y tient pas. Les ateliers y installent un dispositif à leviers, « trois petits leviers qu’on fait glisser », logés près des cordes derrière le porte-musique. La sourdine de 88 touches vise donc le droit.

Ce que votre piano sait peut-être déjà faire

Avant de commander une bande, regardez les pédales : d’autres dispositifs répondent au même besoin.

  • La pédale du milieu d’un piano droit. Sur beaucoup de modèles, elle descend une bande de feutre entre les marteaux et les cordes : le dispositif décrit plus haut, monté à demeure. Elle rend la bande à poser inutile.
  • La pédale gauche. Sur un droit, elle rapproche la barre des marteaux des cordes : l’élan raccourcit, le niveau baisse, et le début de la course de la touche part dans le vide. Sur un queue, elle décale la mécanique et le marteau ne frappe plus que deux cordes sur trois. Un cran de nuance, pas un étage.
  • Le système silencieux. Une barre arrête le manche du marteau avant la corde, et les capteurs envoient le jeu au casque. Yamaha équipe ses queues d’un assourdissement motorisé assorti d’un échappement rapide, et ces systèmes s’installent aussi après coup. Bechstein prévient qu’une barre et des capteurs mal conçus altèrent le toucher et créent des bruits parasites.
  • Le piano numérique. Le volume tourne au bouton et le casque referme la question : notre comparatif du meilleur piano numérique pour apprendre et notre point sur le casque ouvert ou fermé couvrent ce choix.

Les coins de caoutchouc travaillent une corde à la fois

L’autre famille travaille ailleurs. Un piano porte plus de deux cents cordes pour 88 notes : une par note dans les basses, deux dans le ténor, trois dans le reste du clavier. Les accordeurs français parlent de 220 cordes, les guides de facture d’environ 230, et l’ensemble tire sur un cadre en fonte une tension qui dépasse la vingtaine de tonnes.

Accorder une note, c’est régler ses deux ou trois cordes une par une, puis les faire sonner ensemble sans battement. D’où l’outil : un coin de caoutchouc enfoncé entre deux cordes en étouffe une et laisse l’autre libre. Sur la zone du tempérament, le technicien tresse une longue bande de feutre pour ne laisser sonner que la corde du milieu de chaque groupe, puis la retire note par note en accordant les extérieures sur celle qui est calée. Poignées et pinces servent là où les doigts n’entrent plus.

Le reste ne tient pas à l’outillage. La première corde se cale au diapason sur le la 440, tout s’accorde ensuite à l’oreille, en comptant les battements pour poser le tempérament ; les octaves s’étirent pour compenser l’inharmonicité ; la clé se manœuvre dans l’axe de la cheville, sans inclinaison, sous peine d’abîmer le trou ; et le calage de chaque cheville décide si l’accord tiendra une saison ou trois jours. Une page d’accordeur résume : « C’est une tâche délicate que l’accord d’un piano, tâche nécessairement réalisée par un professionnel. »

Plusieurs fiches de kits annoncent qu’on réalisera soi-même l’accord et qu’on économisera les frais correspondants. C’est un argument de vente. Il laisse de côté les années d’apprentissage du métier, la marge de justesse minuscule dans laquelle un accordeur travaille, et le prix d’un trou de cheville abîmé. Ces outils ont un usage réel, celui du technicien et de qui se forme à ce travail : ils accompagnent l’entretien, ils ne remplacent pas la visite d’un accordeur.

Les six références d’accordage du catalogue

Relevé le 17 août 2026, le rayon réunit six ensembles, dont les fiches donnent composition, matière et cotes.

RéférenceCe que la fiche annonceUsage décrit
Lot de 4 sourdines4 coins, métal et caoutchouc, forme de coinAccordage, vérification, maintenance
Lot de 10 sourdines10 coins caoutchouc de 10 cm, 90 g le lot, pliables et antidérapantsPlusieurs coins en place à la fois
Pince sourdine SUPVOXNylon blanc, 20 x 2 x 1 cm, 22 gIsoler les notes du médium et de l’aigu
Kit sourdines professionnellesMarteau à manche bois, 4 sourdines effilées dont 2 à poignée, ruban d’accordageRuban qui étouffe les cordes extérieures pour accorder deux octaves à la fois
Kit accordage 6 piècesMarteau en L acier de 16 cm, bande de tempérament de 106 x 2,5 cm, 2 coins et 2 sourdines à poignée, 145 gLa bande en étouffe plusieurs d’un coup
Kit marteau, sourdines et feutresMarteau en L de 15 cm, 2 bâtonnets à manche, 4 blocs, bande de 110 cm, 90 feutres de 22 mm, 192 gLes feutres remplacent les rondelles usées

Trois lignes de partage se lisent sur ces fiches. Le marteau d’accord sépare les deux lots de coins, lot de 4 et lot de 10, des trois kits qui en embarquent un. La bande de feutre longue porte trois noms : ruban d’accordage pour le kit sourdines professionnelles, bande de tempérament pour le kit 6 pièces, bande silencieuse pour le kit marteau, sourdines et feutres. La forme du coin distingue le bloc, le bâtonnet à manche et la pince en nylon, pour le médium et l’aigu.

Une fiche appelle un correctif de lecture : celle du lot de 10 vend ses coins comme un moyen de travailler à toute heure sans déranger. Un coin agit sur les cordes d’une note, dix coins sur dix notes, et le besoin décrit là est celui du feutre de clavier.

Comptez aussi avec le voisin et avec le micro

L’heure pèse autant que le volume. Des gammes tard le soir passent mal derrière une sourdine comme sans elle, et un accord avec le voisin du dessous rend plus de services qu’un accessoire. Notre guide pour apprendre le piano seul revient sur l’organisation des séances, notre article sur le temps nécessaire pour apprendre le piano sur leur régularité, et notre parcours pour apprendre le piano sur leur place dans un cursus.

Un enregistrement change aussi la donne. Le feutre retire au son ce qu’un micro vient chercher, et la prise sonne creuse. Le placement des micros et l’acoustique de la pièce prennent le relais, avec nos guides pour enregistrer son piano chez soi et pour le traitement acoustique en home studio.

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