Game of Thrones au piano : un thème de violoncelle passé au clavier
Le générique de Game of Thrones a été écrit pour le violoncelle, et tout ce qui arrive au clavier est une transcription. Ce que le piano récupère du riff de Ramin Djawadi, ce qu’il abandonne en route, le niveau réel que ça demande et les catalogues qui vendent la partition sous licence.



5 heuresPublié le 3 octobre 2026 à 19:33
de lecture
Trois demandes se cachent derrière « game of thrones piano ». La plus courante vise le générique, ce riff que Ramin Djawadi a écrit en 2011 pour le générique d’ouverture. La deuxième vise « Light of the Seven », la longue pièce du final de la saison 6, seul morceau de toute la partition qui soit né sous des doigts de pianiste. La troisième cherche un thème de maison ou d’épisode, « The Rains of Castamere » en tête. Ce tutoriel traite le générique. Deux réponses tout de suite : une version allégée s’attrape dans la première année de piano, une version qui sonne comme l’original demande deux à trois ans de clavier, et la partition ne s’obtient pas gratuitement, pour une raison qui tient en une ligne d’état civil.
Le générique, et les dix autres titres du recueil officiel
Sur l’album de la première saison, publié par Varèse Sarabande en juin 2011, le générique s’appelle « Main Title » et dure une minute quarante-six. C’est court, et c’est déjà tout le morceau : les versions longues qui circulent sont des boucles d’arrangeur, pas une pièce plus fournie.
Le recueil officiel publié par Hal Leonard donne la mesure du reste. Sous le titre Game of Thrones : Original Music from the HBO Television Series, il aligne onze morceaux pour piano seul : le générique, « Light of the Seven », « The Rains of Castamere », « The Winds of Winter », « Goodbye Brother », « Mhysa », « The Children », « The Bear and the Maiden Fair », « A Lannister Always Pays His Debts », « Throne for the Game » et « Finale ». Quarante pages, plus un jumeau en version facile au sommaire identique. Sachez ce que vous cherchez avant d’ouvrir un catalogue : entre le générique et « Light of the Seven », l’écart de niveau se compte en années.
Un riff pensé pour le violoncelle, dans une partition où le piano arrive tard
La série a été diffusée sur HBO du 17 avril 2011 au 19 mai 2019, huit saisons et soixante-treize épisodes tirés du Trône de fer de George R. R. Martin. Djawadi, compositeur allemand d’origine iranienne né en 1974 et passé par Berklee, raconte avoir vu une version préliminaire du générique animé, puis avoir fredonné la mélodie en rentrant au studio. La pièce finie est arrivée trois jours après.
Les créateurs de la série lui avaient demandé d’écarter la flûte, qu’ils jugeaient trop entendue dans la fantasy. Il a choisi le violoncelle, dont il dit qu’il peut être sombre et tourmenté tout en restant beau et émouvant. Le procédé compte pour la suite : il est parti d’un riff et a bâti le thème autour. Ce riff est exposé aux cordes en mineur, bascule en majeur au bout de deux mesures, puis retombe en mineur. Sur la reprise, un chœur de vingt voix féminines, enregistré à Prague comme les parties instrumentales, vient épaissir la texture.
Ce que peu d’articles relèvent tient en une phrase : le piano ne faisait pas partie du vocabulaire sonore de la série. Djawadi l’a dit en 2016 en présentant « Light of the Seven », où il l’introduit pour la première fois. Toute partition de piano du générique est donc une transcription, y compris celles que l’éditeur officiel commercialise.
Ce que le clavier prend au violoncelle, et ce qu’il laisse
La bonne nouvelle porte sur le riff. Une figure courte, régulière, qui revient sans cesse : le piano est taillé pour ça, et la main gauche l’installe sans effort particulier. Les harmonies tiennent en quelques accords de do mineur, la tonalité retenue par la plupart des éditeurs. Si le déchiffrage vous ralentit encore, notre méthode de lecture de partition reprend le rythme et les notes depuis le début.
Ce qui se perd tient à la physique de l’instrument. Un violoncelliste attaque une note et la fait grandir sous l’archet ; un pianiste attaque une note et la regarde mourir. Le crescendo que Djawadi écrit dans la durée d’un son n’existe pas au clavier, et les transcriptions le remplacent par ce qu’elles peuvent : une répétition de la note, un trémolo, un accord réattaqué. Là où l’orchestre monte en empilant des couches, cordes puis chœur, le pianiste dispose de deux mains et d’un registre. Il compense en descendant des octaves à la basse et en ouvrant vers l’aigu : les versions avancées noircissent bien plus de portées que la musique ne compte de notes différentes.
La régularité, seul vrai obstacle du générique
Un élève qui déchiffre le générique le trouve simple, et il a raison sur le papier. Le morceau se casse ailleurs, sur quatre points que je retrouve d’une année à l’autre en cours.
- La régularité de la figure répétée. Le riff doit garder la même valeur et le même poids du début à la fin. Dès que l’attention se relâche, il se met à traîner sur les mesures calmes et à courir dans les montées.
- L’endurance de la main d’accompagnement. Deux minutes de croches sans relâche fatiguent, l’avant-bras durcit, le son s’alourdit et la mélodie disparaît sous sa propre pulsation.
- Le dosage entre les mains. La ligne chantée passe au-dessus d’un accompagnement qui doit rester en dessous, alors même que c’est lui qui occupe le plus de doigts.
- La bascule mineur-majeur. Elle repose sur une seule note de l’accord, la tierce. Un doigt posé un demi-ton à côté et l’effet le plus reconnaissable du thème tombe à plat.
Les catalogues confirment cette lecture par leurs propres échelles : le même thème est noté 21 sur 100 en version allégée et 55 sur 100 en version fournie, à matériau mélodique identique. L’écart tient aux octaves, à la densité de l’accompagnement et au tempo à tenir. Prenez la version qui correspond à votre main d’aujourd’hui : notre sélection de pièces accessibles aux débutants donne des repères pour vous situer.
Trois séances typées pour le monter
La séance du métronome lent
Le riff seul, main d’accompagnement seule, au métronome, à une vitesse où rien ne peut déraper. L’enjeu porte sur le geste : il doit se répéter à l’identique, mesure après mesure. Comptez plusieurs passages d’affilée sans arrêt : c’est la seule façon de savoir si le geste tient. Notre guide sur la tenue de main et l’assise au clavier détaille les appuis qui évitent la crispation.
La séance du chant
La mélodie seule, sans accompagnement, jouée comme une phrase de violoncelle : longue, liée, avec des respirations aux mêmes endroits à chaque passage. Chantez-la à voix haute une fois avant de la jouer. Le détour paraît inutile jusqu’à ce que les deux mains se réunissent et que la ligne garde sa direction au lieu de se hacher sur la pulsation.
La séance de l’assemblage par blocs
Réunissez les mains sur quatre mesures, pas sur le morceau entier. Le thème étant bâti sur une répétition, ce qui passe sur un bloc court passera partout, et ce qui coince se répare une fois plutôt que douze. Montez le tempo par crans, trois passages propres exigés avant chaque cran, et gardez la vitesse finale pour le jour où la nuance tient déjà.
Sous droits : pourquoi les PDF qui circulent n’existent pas
Ramin Djawadi est né en 1974 et compose toujours. Sa musique restera protégée pendant des décennies, et ce seul fait règle la question des partitions. Le générique porte un copyright de 2011 déposé par TL Music Publishing, administré par Universal Music : la mention figure au bas des pages produit des plateformes sérieuses, qui reversent à cette chaîne sur chaque vente.
Un fichier relevé à l’oreille et posté sur un forum ne sort pas de ce cadre : une transcription reste une œuvre dérivée d’une œuvre protégée, et la mettre en ligne demande l’accord de l’ayant droit, que le transcripteur n’a pas et ne peut pas transmettre. Le fichier offert n’en devient pas licite, il devient gratuit. Sur une œuvre du domaine public, télécharger un scan ancien ne pose aucun problème : c’est là toute la différence.
IMSLP ne sert donc à rien ici : la bibliothèque héberge les œuvres dont les droits ont expiré et celles que leurs auteurs y déposent, et le catalogue de Djawadi n’entre dans aucune des deux cases. Notre tour d’horizon des bibliothèques de partitions libres explique où le gratuit fonctionne pour de bon, et notre parcours de bâtir un répertoire classique ouvre le rayon où le libre de droits est la règle.
Où acheter la partition, catalogue par catalogue
Le tableau reprend ce qui est affiché sur chaque page produit :
| Catalogue | Ce qu’on y trouve | Tonalité relevée | Repère de niveau |
|---|---|---|---|
| Noviscore | Piano solo, piano-chant, quatre mains, clavier arrangeur | Non affichée sur la fiche | Niveaux 1, 2, 3 et Expert, 3 à 4 pages |
| Tomplay | Six degrés en solo, plus des versions jouables avec orchestre | Do mineur en version facile | Du débutant à l’avancé |
| OKTAV | Trois arrangements du même thème pour piano seul | Do mineur | 21, 30 et 55 sur 100 |
| Musicnotes | Le catalogue le plus fourni, arrangeur crédité sur chaque fiche | Ré mineur en piano facile | Du piano facile aux transcriptions avancées |
| Quickpartitions | Piano solo, piano facile, grille mélodique, piano et violoncelle | Do mineur | Cinq pages en version solo |
| MuseScore | Éditions sous licence et dépôts d’utilisateurs mélangés | Variable | À contrôler partition par partition |
Comptez environ cinq euros la partition à l’unité chez ces éditeurs, moins par titre si vous passez par un abonnement. Regardez l’armure avant de payer : do mineur et ré mineur circulent tous les deux, et l’écart se sent si vous accompagnez un instrument ou si vous comparez deux enregistrements. Pour du papier qui reste sur le pupitre, le recueil Hal Leonard des onze titres passe devant l’achat à l’unité au-delà de quatre ou cinq morceaux, et nos recueils papier couvrent le reste du répertoire.
Une dernière remarque sur MuseScore, souvent cité par les lecteurs : le site héberge des éditions sous licence et des fichiers déposés par n’importe qui, sans que la différence saute aux yeux. Ouvrez la fiche, cherchez la mention d’éditeur, et passez votre chemin si elle manque.
Une fois le générique en place, la logique du morceau se transporte ailleurs. La même mécanique de motif tenu sur la durée gouverne le thème d’Interstellar, autre partition de film qu’on croit facile en la déchiffrant. Et si vous montez ce répertoire sans professeur, notre parcours d’apprentissage du piano pose l’ordre dans lequel les compétences arrivent.
Questions fréquentes
Dans une version allégée, oui : les éditeurs proposent des arrangements notés au plus bas de leur échelle, avec un accompagnement réduit à un accord par mesure et sans octave à la basse. Comptez la première année de piano. La version qui ressemble à ce qu’on entend au générique est autre chose : octaves à la main gauche, accompagnement continu, tempo soutenu, et un niveau que les mêmes éditeurs situent au milieu de leur échelle.
Non. Ramin Djawadi est vivant et sa musique reste protégée pour des décennies : le générique porte un copyright de 2011 déposé par TL Music Publishing et administré par Universal Music. Les PDF des forums sont des transcriptions mises en ligne sans l’accord de l’ayant droit, et la gratuité ne leur donne aucune existence légale. IMSLP n’héberge rien de ce compositeur, sa vocation étant le répertoire dont les droits ont expiré.
Do mineur revient le plus souvent : c’est la tonalité relevée sur les fiches de Tomplay, d’OKTAV et de Quickpartitions. Musicnotes édite sa version facile en ré mineur. L’arrangeur choisit ce qui tombe le mieux sous des mains d’un niveau donné. Vérifiez l’armure avant l’achat si vous jouez avec quelqu’un ou si vous suivez un enregistrement précis.
« Light of the Seven », composé en 2016 pour le final de la sixième saison. Djawadi y introduit le piano pour la première fois dans la partition de la série, en expliquant que l’instrument n’appartenait pas à son langage sonore jusque-là. Une dizaine de minutes, piano, orgue, cordes et deux jeunes solistes à l’unisson. Les éditeurs la classent en niveau avancé, autour de douze pages en piano seul.
À l’unité si vous visez exactement un morceau et un niveau : les plateformes déclinent le même thème sur plusieurs degrés, vous choisissez le vôtre. Le recueil Hal Leonard passe devant à partir de quatre ou cinq titres, avec onze morceaux pour piano seul, du générique à « The Rains of Castamere », et une version facile au sommaire identique. C’est du papier, ce qui vaut mieux qu’un écran sur un pupitre.
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