Kawai ES-120 : que vaut le rival direct du Yamaha P-225 ?


Chez les pianos numériques portables, chaque constructeur défend sa spécialité. Roland soigne l’électronique, Yamaha la compacité, et Kawai cultive une réputation de facteur de pianos attaché avant tout au toucher et au timbre. L’ES-120, lancé en 2022 pour prendre la suite de l’ES-110, applique cette philosophie au créneau des 600 à 700 euros : une mécanique RHC réputée souple et l’échantillon du Shigeru Kawai SK-EX, le piano de concert maison.
La promesse tient en une phrase : offrir d’abord un instrument, avant une boîte à fonctions. Nous confrontons le Kawai ES-120 à sa fiche technique, aux économies qu’il assume et à ses deux rivaux directs, le Yamaha P-225 et le Roland FP-30X, pour cerner les pianistes auxquels il rend le plus service.
Avantages
- +Échantillon du Shigeru Kawai SK-EX au timbre chaleureux
- +Mécanique RHC graduée, souple et discrète
- +Amplification de 2 x 10 W, au-dessus de la moyenne du segment
- +Bluetooth MIDI et audio de série
- +192 notes de polyphonie et 12 kg sur la balance
Inconvénients
- −Pédale fournie en tout ou rien, sans demi-pédale
- −Aucune simulation d’échappement sur la mécanique
- −Pilotage par combinaisons de touches, sans écran
En bref
| Produit | Kawai ES-120, piano numérique portable 88 touches |
|---|---|
| Catégorie | Toucher lourd de milieu de gamme (entre 600 et 700 euros) |
| Pour qui | Pianistes attachés au toucher et au timbre, du débutant motivé au repreneur de classique |
| Notre avis | Le portable le plus « piano » de sa zone de prix, à l’ergonomie spartiate |
Notre utilisation
Nous suivons l’ES-120 depuis son lancement en 2022, où il s’est installé face aux Yamaha de la série P que nous avons testés. Cet avis repose sur l’analyse des spécifications publiées par Kawai, sur les retours d’utilisateurs et de revendeurs que nous avons pu consulter, et sur notre connaissance des mécaniques et des moteurs sonores maison. Pas de banc d’essai ni de chronomètre : nous confrontons la fiche technique à ce qui compte dans une pratique réelle, du travail quotidien en appartement à la répétition entre amis.
Une mécanique RHC souple et discrète
La RHC (Responsive Hammer Compact) reprend le principe de tout bon clavier de piano numérique : des marteaux gradués, qui opposent plus de résistance dans le grave que dans l’aigu, sous des surfaces de touches mates qui accrochent bien les doigts. Par rapport à l’ES-110, Kawai a revu l’amorti des touches, ce qui réduit le bruit mécanique au relâchement ; un détail qui prend de la valeur quand on travaille au casque tard le soir.
Le toucher passe pour un peu plus léger que la moyenne du segment, et c’est une qualité aux yeux de beaucoup : les mains fatiguent moins sur les longues séances, les débutants gagnent en aisance et les amateurs de classique retrouvent une souplesse bienvenue dans les nuances douces. La simulation d’échappement manque à l’appel : chez Kawai, il faut monter jusqu’à la RH III de l’ES920 pour la trouver. Pour situer ce que ces différences changent au quotidien, notre article sur le toucher lourd et les mécaniques de clavier pose les bases.
Le son du Shigeru Kawai SK-EX, porté par 20 watts
Le moteur Harmonic Imaging s’appuie sur un échantillonnage stéréo des 88 touches du Shigeru Kawai SK-EX, le piano de concert le plus prestigieux de la marque, complété par l’EX. Résonances de cordes et d’étouffoirs, six réverbérations et un Virtual Technician pour ajuster l’intonation ou la dureté des marteaux : le rendu, rond et chaleureux, a bâti la réputation du modèle auprès des pianistes classiques. La polyphonie de 192 notes tient les textures denses avec pédale, et les 25 sonorités s’accompagnent de 100 rythmes de batterie pour varier le travail.
L’amplification suit : 2 x 10 watts dans deux haut-parleurs large bande de 12 cm, de quoi sonoriser une pièce de vie sans ampli externe. C’est nettement au-dessus du Yamaha P-225 et de ses 2 x 7 watts, et tout proche des 22 watts du Roland FP-30X. La fonction Low Volume Balance préserve un son équilibré à bas volume, utile en appartement. Au casque, les deux prises (jack 6,35 mm et mini-jack) permettent de jouer à deux ou de suivre un cours.
Connectique et applications
L’ES-120 embarque un Bluetooth complet : MIDI (5.0) et audio (5.1). Vos applications dialoguent avec l’instrument sans câble, et vos playlists sortent par ses haut-parleurs ; à ce tarif, la combinaison reste rare, le P-225 se limitant à l’audio. La prise USB to Host assure la liaison filaire avec un ordinateur ou une tablette, et les sorties ligne stéréo alimentent une sono ou des enceintes de monitoring.
La pédale F-1SP fournie est un simple interrupteur au pied ; un contrôle progressif du sustain suppose une pédale en option, ou le pédalier trois pédales F-351 associé au stand HML-2, qui transforme le portable en meuble. Sans écran, les réglages passent par des combinaisons bouton + touches : l’application PianoRemote devient vite le passage obligé, secondée par PiaBookPlayer pour les partitions et les morceaux d’étude. Un enregistreur interne de trois morceaux et un métronome complètent l’ensemble.
Sa place dans la gamme ES de Kawai
La série ES s’ouvre avec l’ES60, arrivé en 2025 : mécanique RH Lite plus simple, tarif d’entrée de gamme qui le classe parmi les pianos numériques pas chers. L’ES-120 marque l’accès à la mécanique RHC et à l’échantillon du SK-EX, le cœur de l’identité sonore Kawai. Au sommet, l’ES920 change de registre : mécanique RH III avec échappement, écran dédié, pour un budget presque double. Entre les trois, l’ES-120 offre la signature de la maison sans le ticket du haut de gamme.
Face au Yamaha P-225 et au Roland FP-30X
Le premier duel oppose l’ES-120 au P-225, dont nous avons publié le test complet. Yamaha joue la compacité (11,5 kg, châssis très fin) et l’écosystème logiciel, avec l’échantillon du piano de concert CFX. Le Kawai réplique par l’amplification (20 watts contre 14), le Bluetooth qui gère aussi le MIDI et un toucher plus souple ; le Yamaha se négocie un cran en dessous, entre 500 et 600 euros.
Le Roland FP-30X, que nous détaillons dans notre test du FP-30X, avance une mécanique PHA-4 Standard avec échappement, 256 notes de polyphonie, 22 watts et un Bluetooth audio et MIDI, dans la même zone de prix ; il pèse en revanche près de 15 kg. Le choix se joue sur le caractère : précision et polyvalence chez Roland, chaleur du timbre et souplesse du toucher chez Kawai.
Ce qui nous a plu
- Le son du SK-EX : un timbre rond et chaleureux, des résonances naturelles et 192 notes de polyphonie pour les tenir.
- La mécanique RHC : graduée, souple, discrète au relâchement des touches, agréable dès les premières gammes.
- L’amplification : 2 x 10 watts et des haut-parleurs de 12 cm qui tiennent une pièce de vie sans renfort.
- Le Bluetooth complet : MIDI et audio de série, quand des concurrents plus chers se limitent à l’un des deux.
Ce qui nous a moins convaincu
- La pédale fournie : un interrupteur en tout ou rien ; la demi-pédale réclame un accessoire en option.
- L’absence d’échappement : les pianistes avancés venus de l’acoustique sentiront la différence dans le pianissimo.
- L’ergonomie : sans écran, les réglages passent par des combinaisons de touches ou par le smartphone.
Pour qui est fait ce piano ?
Le Kawai ES-120 vous conviendra si :
- vous débutez ou reprenez le piano avec le répertoire classique en ligne de mire, et cherchez le duo toucher-son le plus crédible du segment ; notre guide pour choisir son premier piano replace ce choix dans l’ensemble des options ;
- vous jouez sans casque dans une pièce de vie et voulez une amplification qui suit ;
- vous utilisez des applications et préférez une liaison MIDI sans câble ;
- vous déplacez votre clavier entre deux lieux : 12 kg et une housse en option suffisent.
Ce piano n’est peut-être pas pour vous si :
- l’échappement et le contrôle fin d’un répertoire avancé priment : l’ES920 ou le FP-30X feront de meilleurs choix ;
- vous voulez piloter tous vos réglages depuis un panneau complet : le dépouillement de la façade vous frustrera.
Notre verdict
Le Kawai ES-120 assume son parti pris : concentrer le budget sur la mécanique et le son, quitte à dépouiller le reste. Le résultat s’entend, avec un timbre de SK-EX rond et vivant, et se sent sous les doigts, avec une RHC souple qui met à l’aise du premier cours aux nocturnes de Chopin. La pédale fournie, l’absence d’échappement et le pilotage sans écran rappellent, eux, la catégorie de prix.
Notre note de 4,4 sur 5 récompense cette cohérence : à budget égal, aucun rival ne propose un duo toucher-son plus convaincant. Les caractéristiques complètes figurent sur la fiche produit de l’ES-120, à comparer avec les autres modèles de notre rayon piano numérique avant de trancher.
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
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